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Qualité de l'air intérieur : un enjeu sanitaire majeur en France

Avis d'expertA la Une31/03/2021
48 000 décès sont dus à la pollution de l'air, selon une étude réalisée en 2016. Et l'air intérieur est 5 à 7 fois plus pollué qu'à l'extérieur. Or, nous passons 80 % de notre temps dans des espaces clos. Quelles mesures doivent être appliquées pour éviter tout risque ? Réponses avec notre expert Philippe Dubernet...
Photo de Philippe Dubernet - Expert Apave

Philippe Dubernet

Philippe Dubernet a évolué dans le domaine de l’Air Sécurité Santé en tant que Responsable d’Unité sur l’Agence APAVE Bordeaux en 2007. Il rejoint la direction Opérationnelle d’APAVE SUDEUROPE en 2018 où il occupe aujourd’hui le poste de Responsable Développement Accompagnement Technique au sein des Essais Mesures.

Améliorer les conditions de travail de vos équipes grâce à la qualité de l'air intérieur

Bonjour Philippe. Avec la pandémie actuelle, on reparle de l’innocuité de l’air intérieur mais ce sujet n’est pas nouveau pour vous, au-delà de la Covid-19 ?

La qualité de l’air intérieur est tout simplement un enjeu sanitaire majeur en France. Une étude de Santé Publique France - réalisé en 2016 soit bien avant la pandémie – estime qu’il y a 48 000 décès prématurés chaque année en France en raison de la pollution de l’air. Il s’agit donc de la deuxième cause de mortalité évitable, après le tabac et devant l’alcool. Rappelons par ailleurs que l’air intérieur est 5 à 7 fois plus pollué qu’à l’extérieur et que nous passons 80 % de notre temps dans des espaces clos, à domicile, en entreprise, dans les transports… On se préoccupe de ces sujets dans notre pays depuis les années 70 au travers du règlement sanitaire et la réglementation s’est renforcée jusqu’au dispositif réglementaire de surveillance de la qualité de l’air dans les établissements recevant du public (ERP). Plus largement exploité, la qualité des atmosphères de travail est régie par les dispositions des articles R4211-1 et suivants du Code du travail, qui distinguent deux responsabilités : celle du maître d’ouvrage pour la conception des lieux de travail et celle de l’employeur pour l’utilisation de ces lieux. Ce dernier doit garantir à ses salariés un air sain. Deux obligations fondamentales pour les employeurs : maintenir un volume d'air minimum et garantir un seuil de renouvellement d'air. Sans rentrer dans le détail, il faut toutefois distinguer plusieurs types de locaux, ceux dits à pollution non spécifique, c'est-à-dire les locaux où la pollution de l'air n'est due qu'à la présence humaine, les locaux sanitaires et les locaux à pollution spécifique dans lesquels l'air peut être pollué par des substances gênantes ou dangereuses pour la santé (gaz, vapeur, aérosols solides ou liquides). En fonction, les règles sont bien sûr différentes. 


Les organismes publics, notamment les écoles, sont sensibilisés à ces enjeux depuis l’application des obligations réglementaires parues en 2015 et les nombreuses communications associées à la QAI, de même pour les entreprises des secteurs chimique ou industriel qui ont des obligations spécifiques. 


Avec la pandémie, il y a aujourd’hui de nouvelles recommandations ministérielles sur la qualité de l'air visant notamment à renforcer le renouvellement et limiter le recyclage de l’air. Ces recommandations spécifiques sont par ailleurs déclinées secteur par secteur et s’accompagnent alors d’autres recommandations (informations, comportements, …). Mais même si l’actualité récente provoque une certaine prise de conscience sur l’importance de la qualité de l’air dans les organisations, le sujet reste sous-évalué par un grand nombre d’entreprises. En effet, maîtriser les facteurs en lien avec la qualité de l’environnement de travail et donc la santé, c’est participer au  bien-être et la performance des personnes au travail. Il y a pourtant non seulement un enjeu sanitaire mais aussi un enjeu économique. En France, on estime à 19 milliards d’euros par an le coût de la mauvaise qualité de l’air intérieur.

 

Avant de mesurer la présence éventuelle de polluant, vous démarrez systématiquement vos contrôles par l’évaluation des moyens d'aération, pourquoi ?

C’est absolument fondamental, quels que soient les polluants dans un espace clos (benzène, formaldéhyde, monoxyde de carbone, particules, virus, bactéries, levures, moisissures…). Si l’aération est de mauvaise qualité, il y aura un effet cumulatif qui peut être particulièrement nocif à court, moyen ou long terme. Pour certaines entreprises qui ne disposent pas d’autres systèmes d’aération que les fenêtres, les périodes froides sont forcément compliquées. Mais, paradoxalement, les situations les plus problématiques que l’on peut rencontrer sont souvent liées à des bâtiments dont l’aération  est exclusivement mécanique.  En effet, les systèmes de ventilation qui ne sont pas entretenus et dont on ignore les performances peuvent participer à la dégradation de la qualité de l’air, voire devenir eux même une source de risque sanitaire. Dans ces cas-là, c’est bien souvent l’émergence de symptômes tels que maux de tête, fatigue, irritation des yeux, du nez, de la gorge et de la peau, vertiges ainsi que les manifestations allergiques et l’asthme qui alertent le chef d’entreprise. Ces pathologies peuvent se développer sans faire de bruit, il peut n’y avoir d’arrêt de travail qu’après un certain temps, c’est insidieux. L’évaluation des moyens d’aération et la constitution de dossiers de suivi voire de carnet sanitaire permettent de prévenir ces risques et de répondre aux exigences réglementaires trop souvent mal comprises.

 

Quelles solutions pour les entreprises ? Comment se déroule un contrôle ?

Déjà il est impératif d’entretenir les équipements d’aération. Il faut également contrôler qu’ils soient adaptés à l’environnement de travail et/ou correctement dimensionnés. Le cas typique c’est une extension d’entreprise, une modification des locaux sans adaptation ou redimensionnement du système de ventilation ou la non prise en compte à réception du bâtiment du volet aération et assainissement. 


Sur un plan technique, dans le suivi de la qualité de l’air en complément de l’évaluation des moyens d'aération, il peut y être associé des contrôles réglementaires d’une série de polluants dit « polluants d’intérêts » :

  • le formaldéhyde, substance irritante pour le nez et les voies respiratoires, émise par certains matériaux de construction, le mobilier, certaines colles, les produits d’entretien,
  • le benzène, substance cancérigène issue de la combustion (gaz d’échappement notamment),
  • le dioxyde de carbone (CO2), représentatif du niveau de confinement, signe d’une accumulation de polluants dans les locaux,
  • le radon, classé par le Centre international de recherche sur le cancer comme cancérigène certain pour le poumon depuis 1987. 

Ces contrôles sont réalisés sous accréditations COFRAC.


Dans le cadre de survenue de symptômes, d’odeurs… pouvant être liés à la Qualité de l’air,  nos contrôles conjuguent aujourd’hui une expertise portée par nos collaborateurs qui associent un état des lieux de l’aération et l’assainissement des locaux de travail avec le suivi de paramètres chimiques et physiques liés à la qualité de l’air. Ce suivi fait appel a de nouvelles technologies (systèmes capteurs)  qui  disposés dans des emplacements stratégiques sur les lieux à contrôler permettent une  remontée d’informations précieuses sur un temps plus long pour identifier finement la présence des polluants selon les activités de l’entreprise. Ces dispositifs collectent des données qui nous permettent d’améliorer nos diagnostics et d’avoir également une compréhension globale réactualisée en permanence des polluants les plus actifs dans les environnements de travail.


Au-delà de la partie technique, il y a aujourd’hui un fort besoin de conseil et de formation notamment dans le cadre de nouveaux programmes immobiliers où la qualité de l’air devient un enjeu environnemental fort. Nous accompagnons les gestionnaires de bâtiments, les chefs d’établissement dans la mise en place de politiques de gestion et de maitrise de la qualité de l’air au travers de formation de référent QAI et dans l’établissement de carnet sanitaire, un outil indispensable pour suivre la qualité sanitaire d’un environnement de travail.

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