Un pont

Ap'Structure ou comment surveiller en temps réel vos structures

Avis d'expertA la Une06/05/2021
Des évènements dramatiques récents ont révélé l’importance de connaître l’état réel des infrastructures et construction et plus particulièrement des ponts. Apave, qui dispose d’une longue expérience de ces marchés au niveau européen, innove avec Ap’Structure, une solution unique de surveillance en temps réel et de maintenance prédictive des structures.
Photo de Jean-Luc Nectoux, expert Apave

Jean-Luc Nectoux

Ingénieur génie civil, diplômé INSA Strasbourg en 1991, Jean-Luc Nectoux travaille pour différents acteurs de la maîtrise des risques et rejoint Apave en 2008 où il occupe aujourd’hui le poste de responsable de la sector line Infrastructures et constructions.

Ap’Structure : 3 questions à Jean-Luc Nectoux, Responsable Sector line Infrastructures et Construction.

Bonjour Jean-Luc : vous intervenez sur tous les types d’infrastructures mais nous allons aujourd’hui parler plus particulièrement des ponts. Depuis l’effondrement du viaduc de Gênes en 2018, on entend beaucoup parler d’infrastructures vieillissantes. Quel est l’état des lieux et comment se positionne la France ?

Après le drame de Gênes, la France a dressé l’état des lieux de ses ouvrages et selon ce rapport 7% des ponts français présentent un « risque d’effondrement » à terme. Au global, un peu plus de 10% des ponts en France sont en mauvais état et posent des problèmes de sécurité et de disponibilité pour les usagers. Il faut savoir que les ponts représentent en France près de 250 000 ouvrages, que ce soient des ponts gérés par les collectivités locales ou des entreprises comme les grandes sociétés de transport ou les réseaux autoroutiers par exemple. Comme toutes les constructions, il faut les surveiller et les maintenir et le volume est considérable. Les contrôles règlementaires dans notre pays imposent des inspections visuelles, c’est bien, il faut le faire, mais il faut aussi aller plus loin. Il y a une prise de conscience très forte pour passer d’une logique de maintenance curative quand un problème important est identifié à une logique préventive. Mais ce n’est pas un sujet franco-français loin de là. En Allemagne par exemple, une vaste étude publiée par l’Association patronale de l’industrie de la construction juge que les trois quarts des 39 100 ponts des routes fédérales allemandes, ne sont pas « en bon état » et même que un ouvrage sur deux doit être réhabilité de toute urgence. En Italie, plus de 1 400 ponts du réseau sont sans propriétaires et donc non entretenus. La moitié des structures a atteint l'âge de 40 ans et près d'une sur quatre a dépassé le cap du demi-siècle. C’est donc un sujet européen si ce n’est mondial.

 

Comment s’explique cette aggravation de la situation ?

C’est difficile à dire. Le fait est que de nombreux ouvrages ont été construits il y a plusieurs décennies et qu’ils n’étaient pas conçus pour accueillir un trafic aussi important, ni autant de tonnage. Il y a un sujet démographique important : nous étions 53 millions de français en 1975, nous sommes aujourd’hui 67 millions, soit 12 millions de plus. Cela se traduit par plus de véhicules et plus de transports de marchandises dans un monde où les échanges sont de plus en plus importants. A cet égard, je remarque que les ouvrages les plus dégradés sont aussi les plus sollicités. Il y a aussi clairement un enjeu climatique avec désormais des variations de température très importantes dans des laps de temps très courts, aux périodes d’inondation succèdent des périodes de sècheresse, autant d’éléments qui fragilisent les structures. Il est difficile de dire si la situation s’aggrave et de citer toutes les causes possibles. En revanche, il est certain que certains ouvrages vieillissent prématurément et qu’ils ne se comportent pas ou plus comme ils le devraient. C’est tout l’intérêt de les surveiller en permanence et en profondeur, au-delà d’une simple inspection visuelle, pour ça nous avons besoin de la technologie.
 
Précisément, vous avez lancé Ap’Structure, de quoi s’agit-il ?

Ap’Structure est une solution de surveillance en temps réel et de maintenance prédictive des structures pour le marché européen. C’est une solution de SHM (Structural Health Monitoring) qui utilise une technologie de pointe pour anticiper les risques sur les ouvrages et garantir leur solidité et ainsi la sécurité des personnes.

Concrètement c’est l’alliance de 2 expertises technologique et technique :

  • l’expertise de notre partenaire Sercel, leader mondial en équipement sismique, qui a développé les capteurs QuietSeis® les plus sensibles du marché, dont les performances permettent de mesurer le comportement d’un ouvrage aux vibrations ambiantes naturelles provoquées par des sollicitations extérieures comme le vent, la houle, les microséismes ou le trafic routier, sans requérir son arrêt d’exploitation. Autonome en énergie, sans-fil et connecté, l’équipement peut être déployé sur tout type d’infrastructures, il collecte des données transmises à nos équipes en temps réel.
  • l’expertise des ingénieurs et techniciens d’Apave alliant maîtrise des risques et connaissance de l’ensemble des algorithmes permettant d’analyser les données brutes issues du monitoring et de les interpréter. L’exploitation de ces données dynamiques permet ainsi d’interpréter le comportement réel d’un ouvrage, de le comparer à celui qu’il est supposé avoir selon les situations, de surveiller son évolution dans le temps et d’activer des alertes en cas d’anomalies, même invisibles à l’œil nu. Les données collectées enrichissent nos connaissances et nous permettent d’améliorer nos analyses en permanence.


Ap’Structure, c’est donc l’alliance d’une technologie très novatrice et d’un savoir-faire éprouvé pour accompagner les décideurs dans la gestion de leurs actifs afin de suivre leur vieillissement en connaissant précisément leur état réel. Cela permet aussi à nos clients d’optimiser les investissements en anticipant et en priorisant les opérations de maintenance et/ou de rénovation nécessaires.

In fine, c’est une maintenance préventive qui est en place avec Ap’Structure pour identifier les éventuelles pathologies existantes, les traiter, et éviter ainsi les arrêts d’exploitation des structures, prolonger la durée de vie des ouvrages. Nous avons beaucoup parlé des ponts, mais cette solution fonctionne également avec d’autres ouvrages comme les barrages, stades, bâtiments, tunnels, échangeurs autoroutiers ou encore centrales nucléaires.


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